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Il est où le patron ?



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« Il est où le patron ? » C’est la question que les femmes propriétaires ou copropriétaires de fermes ou de cultures se font trop souvent poser – par des hommes, en général. Cette bande dessinée épurée et sans cadres nous emmène en France, dans des contrées qui pourraient très bien ressembler au Québec. On y observe, voire on y dénonce, les mentalités masculinistes et paternalistes qui imprègnent encore la gestion et la gouvernance des milieux agricoles. Basé sur des anecdotes réelles, le roman graphique révèle un pan des nombreuses inégalités et oppressions auxquelles les femmes leaders dans ces vocations doivent faire face au quotidien.


Le récit suit trois héroïnes qui se butent à de nombreuses lourdeurs bureaucratiques, mais surtout à d’innombrables commentaires désobligeants. Loin de les décourager, les obstacles renforcent leur détermination, leur complicité, leur humour et leur courage.


Écrit collectivement par cinq paysannes et une dessinatrice pendant trois ans, l’ouvrage permet de nommer un sexisme trop banalisé dans le monde agricole. Mention spéciale pour la « lettre épilogue », excellent manifeste qui met en lumière les mécanismes du patriarcat encore présents dans nos sociétés. 


Au cours de ma lecture, je me suis demandé si le sexisme en agriculture s’avérait aussi présent au Québec. J’ai été curieuse d’avoir l'avis de Mélina sur le sujet, et elle a accepté de répondre à quelques questions.

Elle reconnaît que le sexisme existe bel et bien dans les fermes québécoises. Toutefois, dit-elle, « j’ai la chance de ne pas l’avoir particulièrement vécu ». Elle explique que dans le secteur des fermes maraîchères biologiques opérant en circuit court, « la présence des femmes est devenue très commune. Je pense entre autres à Maude-Hélène Desroches des Jardins de la grelinette, à Mylaine Massicotte des Jardins d’en haut, à Annie-Claude Lauzon et Justine Chouinard de La Fermette, à Léa Charest de la Ferme Hantée de Lotbinière, et il y en a tant d’autres : toutes dirigent leur propre ferme sans que leurs compétences soient mises en doute en raison de leur sexe. »


Si la situation semble loin de celle présentée dans Il est où le patron?, Mélina croit que c’est parce que le milieu des petites fermes bio est particulier. « Les maraîchers et maraîchères bio ont souvent choisi ce métier parce qu’il répondait à leurs aspirations militantes, environnementales et sociales… Il en résulte un secteur progressiste où, me semble-t-il, les valeurs d’équité, de respect et d’ouverture prévalent, et où le sexisme est moins présent que dans d’autres pans de la société. »


Pour autant, insiste Mélina, cela ne signifie pas que le sexisme et particulièrement l’invisibilisation du travail des femmes n’existent pas ici. Là-dessus, il y a encore du travail à faire, comme en témoignent d’importants travaux de recherche menés dans les dernières années. Le roman graphique de Maud Bénézit et ses coautrices dépeint donc une réalité qui, sans refléter exactement celle du Québec, est loin d’avoir disparu. Voilà une raison de plus pour soutenir notre ferme communautaire, porteuse de valeurs qui nous ressemblent…


Bénézit, Maud & Les paysannes en polaire (2021), Il est où le patron? Chroniques de paysannes, Marabout, 176 p.


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