Brayan et Jerver
- Geneviève Philippon

- 25 oct.
- 4 min de lecture
Au fil de la saison, nous souhaitons vous faire connaître les différentes personnes qui travaillent aux Bontés de la Vallée et qui sont derrière les légumes que nous mangeons! Pour ce dernier numéro de la saison, nous vous présentons Brayan et Jerver.
Brayan Estuardo Juárez Tichoc et Jerver David Ruyán Cutzal font partie de la famille. Celle de leur patriarche Simeón, bien sûr, mais aussi celle de mes enfants Diego et Mari Rosa, leurs cousins au 2e et 4e degrés. Alors, pour que les petits Juárez Philippon apprennent à mieux connaître leur parenté en même temps que les lecteurs de ce Journal de bord, je leur ai laissé mener le bal des questions lors de notre entrevue!

Celle-ci a lieu par un beau dimanche d’octobre, saison où l’on commence à percevoir dans les yeux des travailleurs étrangers temporaires ces petites étoiles qu’allume la perspective du retour. La discussion commence en parlant de l’avenir, de l’excitation des retrouvailles.
Brayan, 26 ans, en est à sa cinquième saison aux Bontés. Fils de Simeón, il entend depuis qu’il est bambin parler de la ferme et du Canada. En plus des anecdotes que son père racontait, il se souvient des jouets que celui-ci rapportait lorsqu’il rentrait de ses longues absences. À son tour, il a hâte de rentrer pour retrouver sa femme et son fils Matias, qui fêtera ses trois ans en novembre. (Les enfants ont oublié de lui demander quels jouets il allait glisser dans ses valises!)
Jerver, lui, en est à sa troisième saison à la ferme. Il a aussi très hâte de retrouver son épouse, Liliane. Il nous parle de ses parents, dont il s’ennuie beaucoup – au Guatemala, les familles sont tissées très serrées. C’est en travaillant auprès d’eux sur les terres familiales qu’il a appris le métier d’agriculteur. « Toute notre vie, dit-il, nous travaillons dans l’agriculture, avec les légumes. C’est notre métier, nous nous débrouillons avec les légumes. Et nous travaillons dur pour cela. » Quand il pense au retour, il nous avoue en riant qu’il commence à rêver aux voyages qu’il fera au guidon de sa motocyclette pour explorer les fermes environnantes et les villages voisins.

On se doute bien qu’ils prendront une petite pause avant de reprendre l’azadón qui est la houe, l’outil quotidien de l’agriculteur guatémaltèque. Mais au pays aussi, la culture fait partie de leur quotidien. Alors que Jerver cultive un lopin de terre loué, Brayan s’est joint à son père pour faire pousser tomates, pommes de terre, pois, maïs et fraises, une nouveauté des deux dernières années. Dans le contexte de l’agriculture qu’ils pratiquent, il n’est pas vraiment envisageable de cultiver sans pesticides et sans engrais chimiques. Brayan avoue toutefois avoir été impressionné par la qualité et la grosseur des légumes qui poussent aux Bontés sans ces intrants.
Et il admet avoir rapporté de son expérience québécoise un truc pour l’irrigation que lui a donné el patrón : arroser moins longtemps, mais tous les jours!
Les enfants veulent ensuite savoir ce que nos travailleurs font de leurs journées de repos. Quand le temps le lui permet, Jerver s’amuse à courir. Très sportif, il veut maintenir une bonne forme physique pour pouvoir reprendre son sport préféré, le fútbol, dès qu’il remettra les pieds au Guatemala. Il a jadis participé à des championnats d’importance avec son équipe, qu’il a malheureusement dû abandonner en venant travailler ici. Il joue désormais pour le plaisir, et s’adonne aussi à d’autres sports comme le basketball. Dans ses temps libres, Brayan penche plutôt pour les films. Il nous parle d’une nouvelle série qu’il vient de commencer, Sobrenatural, et à voir le dessin horrifiant qui orne le t-shirt qu’il porte lors de notre entretien, on préfère ne pas avoir de détails pour éviter de troubler la nuit des petits…

Diego et Mari Rosa demandent à nos deux maraîchers dépaysés quel est leur légume préféré parmi ceux qu’ils ne connaissaient pas avant de venir travailler sur notre territoire au climat continental humide. Jerver nomme le fenouil et le poireau, aussi bons à cultiver qu’à déguster, alors que son beau-frère penche pour le bok choy dont il a découvert la saveur… au restaurant! Il le cuisine maintenant lui-même accompagné de champignons, de saucisses hot-dog et de poivrons.
Quand les enfants les questionnent sur ce qui va leur manquer quand ils reprendront leur vie de là-bas, les deux s’écrient : « Francisco y Melina! » Et ils ajoutent rapidement : et les enfants, « Florentino y Edmundo », qu’ils voient grandir un peu tous les ans. Jerver dit encore : « Les personnes qui sont venues travailler à la ferme, comme toi et Diego, vous allez me manquer. Ce fut agréable et merveilleux de rencontrer de nouvelles personnes et de partager des moments avec elles. Si Dieu le permet, nous nous reverrons et partagerons à nouveau des moments la saison prochaine. »
Brayan tient également à remercier les membres de la ferme : « Merci à eux de nous faire confiance, à Francisco et à toute l’équipe qui travaillent pour les légumes. Nous avons essayé de travailler avec tout notre cœur et avec tout l’amour que nous portons à la ferme et à ses membres, car nous formons désormais une famille avec la ferme, avec Francisco, avec tout le monde, et nous espérons avoir répondu à leurs attentes et donné le meilleur de nous-mêmes. »
Voilà, c’est dit : nous sommes une grande et belle famille!




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