Le bonheur des vendredis-volontaires
- Nathalie Laroche

- 23 juil.
- 3 min de lecture
Je travaille dans le domaine des technologies informatiques. Bien que j'aime beaucoup mon travail, la nature de celui-ci fait en sorte que je passe la journée assise devant mon ordinateur. C'est encore pire depuis la pandémie, puisque je travaille maintenant exclusivement à la maison. À force de passer la journée devant mon écran, entre deux rencontres virtuelles, je perds un peu contact avec le monde tangible. Je suis en manque de connexion!

C'est une des multiples raisons pour lesquelles j'aime autant les vendredis-volontaires à la ferme : il n'y a pas de meilleur antidote à mon « blues virtuel » que de mettre les mains dans la terre.
Les vendredis-volontaires, c’est l’occasion de venir donner un coup de main à la ferme. On peut planter, récolter, désherber, nettoyer… tout dépend de la saison et des besoins du jour. J’aime ce côté pratique : on apprend sur l’agriculture biologique et sur la vie de la ferme tout en se salissant les mains! Et c’est sans engagement : certains viennent chaque vendredi, d’autres une fois par année.
Les semaines où je vais à la ferme, j’y pense dès le lundi. Je sais que ce sera mon bonheur de la semaine. Quand le vendredi arrive enfin, je me lève, je prépare mon sac à dos (lunch, eau, crème solaire, gants de jardinage, chapeau) et je pars. Il m’arrive de faire du covoiturage; cette semaine, j’offrais un lift à Sabina, que je rencontrais pour la première fois. On a parlé de notre parcours, de notre intérêt pour la ferme. C’est toujours si riche d’échanger avec des gens que je n’aurais pas croisés autrement!

En arrivant à la ferme, je laisse mon téléphone dans mon sac. Je me déconnecte… pour mieux me reconnecter! La journée commence avec une rencontre avec les autres bénévoles, en face du tableau décrivant les tâches de la journée. Cette semaine, il y avait Magalie, Sabina, Mathieu avec ses deux petites-filles Billie et Lou, Marie-Andrée, Gisèle et moi. Au cours de la journée nous avons cueilli salade, kale et bette à carde, nous avons planté du rutabaga et du chou gras et nous avons finalement nettoyé les légumes. Les tâches sont adaptées aux conditions et aux capacités physiques des participant·e·s.
Je lisais dernièrement un livre sur le sens du travail, The Good Enough Job par Simone Stolzoff. L’auteur rappelle que Karl Marx voyait dans le travail industriel une source d’aliénation : plutôt que de fabriquer des biens pour leur propre communauté, les travailleurs produisaient pour des clients lointains, invisibles. En étant coupés de ce qu’ils créaient et de ceux pour qui ils le créaient, ils se trouvaient aussi coupés d’une partie de leur humanité. Je me demande bien ce que Marx penserait de moi, vissée devant mon écran toute la journée!
À la ferme, c’est tout l’inverse. Ici, chaque geste est concret : je sais pour qui je plante, qui récoltera, qui goûtera.
Voir les légumes pousser me rappelle que je suis vivante, que je participe à quelque chose de plus concret que ma vie derrière mon ordi. On est loin de la production anonyme! J’aime rencontrer les autres bénévoles, discuter de tout et de rien autour de la pause dîner, sentir que je fais partie d'une communauté réelle. J’appartiens à quelque chose de tangible. Et je me dis que Marx serait peut-être rassuré de me voir ici, les mains dans la terre, reconnectée à la matière!
Quand la journée se termine, je reviens à la maison épuisée physiquement mais nourrie d’une énergie qu’aucune journée d’écran ne me donnera jamais! Et j’ai déjà hâte d’y retourner.
Ça vous dit de mettre les mains dans la terre, vous aussi? Inscrivez simplement votre nom dans le Google Sheet de la ferme. Bonheur assuré :) |




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