top of page

Contexte

« Nous avons réalisé que, lorsque l’on touche à la terre, on se relie à tout ce qui fait la vie des Hommes : l’alimentation, bien sûr, la santé, les paysages, l’emploi, l’économie, l’art de vivre ensemble et même ce que nous portons de plus intime – nos émotions, notre présence au monde, notre rapport à la vie. Et nous avons découvert que notre métier de paysans, sur un petit lopin de terre dans une vallée de Normandie, a une incidence sur toutes les grandes thématiques contemporaines : la sécurité alimentaire, la protection de la biodiversité, la faim dans le monde, le réchauffement climatique... Cette perspective nous remplit d’espoir et d’envie d’entreprendre ! » 

 

- Perrine et Charles Hervé-Gruyer, Permaculture (Actes Sud, 2014, pp. 27-28). 

Ces mots de Charles et Perrine Hervé-Gruyer, de la ferme du Bec-Hellouin (les fermiers qu’on a pu voir dans le film documentaire Demain (2015)), traduisent parfaitement notre état d’esprit. Nous percevons l’agriculture, et plus largement la manière de nous nourrir, comme un fondement de notre existence, une sorte de matrice qui façonne notre vision du monde en même temps qu’elle détermine les effets que nous avons sur lui. 

L’agriculture, telle que pratiquée dans une économie de marché, est la source de nombreux dérèglements observés dans notre monde. L’agriculture crée des problèmes, certes... mais si nous osons la transformer, elle en devient la solution. 

 

Au fil des années, en plus de cultiver nos terres et la réflexion, nous avons fouillé à droite et à gauche, tenté de cerner le problème, multipliant les angles d’approche... Chargés d’une panoplie de données sur l’état du monde et sur l’agriculture en particulier, nous croyons maintenant férocement en la pertinence d’un nouveau modèle d’agriculture et de ferme. 

 

Voici donc, pêle-mêle et sans prétention d’exhaustivité, plusieurs éléments venant éclairer le contexte du projet que nous vous proposons. 

champs.jpeg

Contexte spécifique à la ferme

  • Avril-Mai : 40-50 h / semaine 

  • Juin à novembre (6 mois) : 70-80 h / semaine 

  • Décembre à mars : 35 h / semaine 

  • Une surcharge de responsabilités :  

  • la production comme telle (un travail à temps plein en soi!); 

  • recherche et gestion de main-d’œuvre; 

  • marketing: recrutement, communications courriels, site web, Facebook… 

  • gestion des finances 

  • éducation auprès de la clientèle (légumes méconnus, esthétique différente…) 

  • entretien du matériel et des infrastructures 

  • service à la clientèle 

  • l’impossibilité de déléguer une partie de ces tâches, faute de moyens pour engager d’autres employés; 

  • et malgré cette surcharge de responsabilités, un revenu qui demeure non-garanti; 

Des salaires bien en-deça des salaires médian et moyen au Québec, pour un travail pourtant exigeant et essentiel à la vie de tous. 

  • Propriétaires / gestionnaires de la ferme : selon les années, un salaire variant entre 10 000 $ et 35 000 $. 

  • Employés québécois : peu importe leur niveau de qualification, le salaire que la ferme est capable de leur donner varie entre le salaire minimum et 20$/heure (pour un poste plus « spécialisé » que celui d’ouvrier agricole). 

  • Travailleurs étrangers : salaire minimum en vigueur au Québec (15,25 $ depuis le 1er mai 2023).  

Selon les années et la grandeur de la production, nous avons employé 2 à 7 travailleurs étrangers temporaires du Guatémala. Le plus ancien, Simeón, vient depuis 14 ans, et a fait venir au fil des ans deux de ses fils, trois de ses neveux ainsi que son gendre. 

 

Nos travailleurs guatémaltèques sont les ouvriers agricoles les plus qualifiés et les plus efficaces que nous connaissions (en plus d’être ceux dont la compagnie est la plus joyeuse et dont le moral est le plus stable!). En termes d’efficacité, nous estimons qu’un travailleur guatémaltèque ‘vaut’ 2 à 3 travailleurs locaux. Le salaire que nous sommes en mesure de leur donner, très bas dans notre contexte nord-américain, représente au contraire pour eux un incitatif à quitter leur pays pendant 6 mois pour venir travailler au Canada. 

 

Sans eux, notre ferme serait foutue.  

 

Nous prenons tout de même la mesure de l’absurdité de cette situation : nous nous vantons d’une agriculture locale, or celle-ci repose sur une main-d’œuvre étrangère.  

Et à un niveau supérieur : notre système est ainsi fait que nous avons besoin, nous, société dite moderne/avancée/riche, de travailleurs étrangers faiblement payés, pour assumer cette fonction vitale qui est celle de cultiver nos aliments. 

Heures de travail

Charge de travail

Salaires

Travailleurs étrangers

Problèmes financiers

qui nous pousse à vouloir trouver une solution

Les dernières années ont toutes été déficitaires pour la ferme (à l’exception de l’année 2020, en pleine pandémie, où nous avons reçu une incroyable aide bénévole). Le déficit est de l’ordre de 20,000$ par année, sans compter l’amortissement des immobilisations (le coût réparti sur plusieurs années pour renouveler le matériel qui s’use tel que tracteur, camion de livraison, etc.) et le très faible revenu des fermiers propriétaires.

 

On pourrait estimer le manque à gagner annuel à 100,000$, soit environ le 1/3 des revenus (pour une production permettant de nourrir plus ou moins 400 familles).  

Contexte Québécois

qui nous prouve que notre situation est partagée

Selon un sondage mené par l’Union des producteurs agricoles (UPA) auprès de ses membres en avril 2023, 11 % des fermes québécoises songeaient à mettre la clé sous la porte au cours des 12 prochains mois, en raison d’une mauvaise santé économique.  

Le pourcentage a probablement augmenté depuis, vu la très mauvaise saison connue à l’été 2023 (pluies abondantes, pertes désastreuses...). 

 

(Source : CAMERON, Daphné. « Une ferme sur dix envisage de mettre la clé sous la porte », La Presse, 12 avril 2023.) 

 

Au Québec, la valeur des terres agricoles a subi, en 20 ans (2001 à 2021), une hausse spectaculaire de 474%. À plusieurs endroits, le prix des terres dépasse maintenant leur « potentiel agronomique ». Autrement dit, la terre n’est plus rentable. Les revenus qu’il est possible d’en tirer avec ce qu’on y cultive ne peuvent plus compenser leur valeur marchande. 

 

Les agriculteurs de la relève sont les grands perdants, la situation favorisant les « gros joueurs ». 

 

(Source : CAMERON, Daphné. « “Ce n’est plus possible d’être propriétaire” », La Presse, 12 février 2023.) 

La dégradation des sols agricoles au Québec est déjà un enjeu. Les terres noires du sud-ouest du Québec, tout près de chez nous en Montérégie, sont dans un état alarmant : ces terres qui produisent la moitié des légumes de la province pourraient complètement avoir disparu d’ici 50 ans si les pratiques agricoles n’y sont pas changées. 

 

(Source : PRIMEAU, Martin (Oct.-Nov. 2019). « Le garde-manger des Québécois se meurt », Québec Science, pp. 42-45.) 

Prix des terres et accès pour la relève

Sols dégradés
- au Québec

Difficultés financières

Contexte global et éléments d’informations

Usage des terres émergées 

Sols dégradés
- dans le monde 

Économie
VS écologie

La désertification 

Changements climatiques

qui nous fournissent de bonnes raisons de croire en notre démarche

46% : c’est la portion de la surface habitable de la planète utilisée par l’agriculture. Selon la manière qu’elle est pratiquée, son impact peut être dévastateur comme il peut être bénéfique.  

 

(Source : Global land use for food production (Our World in Data, 2019)) 

33% - LE TIERS des sols est dégradé à travers la planète.

 

Les sols dégradés ont moins de vie et de structure. Ils perdent leur habileté à procurer des services écosystémiques, et ainsi à absorber l’eau et à faire pousser des plantes. Puis, ils perdent leur contenu en carbone, qui est émis dans l’atmosphère sous forme de CO2, aggravant les changements climatiques.

« Va falloir dire à nos enfants : désolé pour le climat, mais c’tait pas rentable... ». Cette phrase dite par François, dans le film Humus, résume à elle seule l’aberration de notre système. La sphère économique s’est vu donner une telle autorité, dans notre monde, que même le principe qui devrait nous être le plus cher – protéger nos enfants, leur léguer un monde habitable – s’y voit subordonné, et finit par être un principe aucunement respecté.  

 

En agriculture, les choix économiques versus écologiques se font au quotidien, et ils ont un énorme impact. 

Au terme du processus de dégradation des sols : le désert. Personnellement, nous croyions auparavant que les déserts avaient toujours été, qu’ils étaient des écosystèmes naturels, au même titre qu’une forêt équatoriale. Ils ne nous étaient pas présentés comme des lieux marqués par la perte de ce qu’ils avaient été jadis.

 

Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, on comprend que la désertification est un processus, certes lent, mais qui constitue néanmoins une menace pour n’importe quel écosystème, aussi sain soit-il au départ. Des terres fertiles peuvent devenir des déserts. L’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Arabie saoudite font partie d’une région autrefois appelée le « croissant fertile », soit le berceau de la civilisation et de l’agriculture. 

Les sols contiennent 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère. Ce carbone est compris dans des organismes vivants, dans de la matière organique non-vivante, et dans de la matière inorganique (ou minérale). Lorsqu’en santé, les sols ont la capacité d’absorber du carbone additionnel et ainsi de réguler le climat.  

 

(Source : site web de Régénération Canada : https://regenerationcanada.org/fr/pourquoi-le-sol/)  

Ça prendrait très certainement un cours de quelques heures pour bien expliquer tous les liens entre agriculture et changements climatiques, mais tentons un résumé simple… Toutes les plantes, petites et grandes, sont nos principales alliées climatiques : elles permettent de refroidir la température à la surface de la terre, d’hydrater celle-ci, d’absorber le carbone de l’atmosphère et de le séquestrer dans le sol. Plus nos systèmes agricoles sont simplifiés et uniformisés, plus ils misent sur les monocultures et le travail mécanique du sol, plus ils créent des environnements de sol à nu, moins ils encouragent la présence de plantes, tout simplement. 

Courte vidéo explicative extrêmement bien faite : How Plants Cool The Planet

L’importance du cycle de l’eau 

Climate Change : The Water Paradigm

Travail du sol

Travailler ou ne pas travailler le sol : telle est la question 

La question est peut-être surprenante, tant le tracteur et son travail de la terre sont les symboles de l’agriculture. On ne les croirait pas offensifs. Pourtant... 

Le travail du sol fait décliner la fertilité naturelle du sol, à moyen et long terme; il le déstructure, le rendant vulnérable au lessivage et à l’érosion; il lui fait perdre sa capacité d’absorber l’eau et de la stocker, pour les sécheresses à venir; il contribue même au réchauffement climatique : 

« Du fait des quantités importantes d’oxygène qu’il introduit dans les sols, le travail mécanique répété accélère la combustion de la matière organique. Le carbone contenu dans la matière organique s’oxyde et est rejeté dans l’atmosphère sous forme de gaz carbonique, contribuant au réchauffement planétaire. »

 

(Perrine et Charles Hervé-Gruyer, op. cit., pp. 226-227). 

 

Aux Bontés de la Vallée, nous ne travaillons plus le sol depuis 2018 ! 

Santé des sols et santé humaine

Il va de soi que notre alimentation a un impact direct sur notre santé. La nature et la diversité des aliments que nous consommons jouent un rôle, de même que leur qualité. Nous savons depuis plusieurs années que les résidus de pesticides présents dans les aliments agissent comme perturbateurs endocriniens. C’est plus récemment que le lien a été fait et documenté entre santé des sols et qualité nutritionnelle des aliments.

 

Dans un sol en santé, où l’activité biologique est bien présente (c.-à-d. où bactéries, champignons, vers de terre, etc., abondent et sont en interrelation), les plantes ont accès à une abondance de micronutriments (fer, zinc, sélénium, potassium, calcium, etc.) via leurs échanges avec les microorganismes du sol capables d’aller chercher ces nutriments. Elles développent ainsi leur propre système immunitaire, et améliorent le nôtre lorsque nous les mangeons ! Le transfert de nutriments de la plante aux animaux, puis des animaux aux humains est tout aussi effectif : les viandes et produits laitiers issus de l’agriculture régénératrice contiennent 2 à 3 fois plus d’omega-3 que ceux issus de l’agriculture conventionnelle.

 

En 50-60 ans, avec l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides qui empêchent les relations symbiotiques, il semblerait que la qualité nutritionnelle des aliments ait à ce point diminué qu’il faudrait aujourd’hui manger deux steaks plutôt qu’un pour avoir la même quantité de fer (entre autres...). Certains répondraient qu'il vaut mieux ne pas en manger du tout, mais ça, c'est une autre histoire ! 

 

(Voir MONTGOMERY, David et Anne Biklé. What Your Food Ate : How to Heal Our Land and Reclaim Our Health (2022) ou cette courte vidéo explicative, ou celle-ci, plus étoffée, ou encore celle-ci). 

bottom of page