Rêverie de cuisine
- Geneviève Sicotte

- 20 août
- 2 min de lecture
Avec les framboises de Justin, j’ai fait des confitures.
Il faut d’abord trier les baies mûres, où se sont glissées quelques petites feuilles et des insectes gourmands. Pendant que les mains s’activent, l’esprit vagabonde sur les chemins de l’enfance, se frotte aux branches épineuses chargées de fruits. Dans ces souvenirs, pour toujours, le soleil brûlant est à son zénith.
Je pèse les fruits et leur ajoute du sucre, juste ce qu’il faut. Cuisson. Dans le grand chaudron, le mélange se transforme en jus bouillant, parfumé, couronné d’écume rose que je prélève. Je lèche constamment et comme malgré moi la cuiller de bois tachée de rouge. Le dessus de la cuisinière se couvre d’éclaboussures sucrées.

Vient un moment technique, qui demande de la prudence. Avec une louche, je verse le liquide rubis dans chaque pot, puis je serre délicatement la bague de métal sur le couvercle. Ensuite, munie de mitaines de silicone et de pinces spéciales, je submerge les bocaux dans la marmite d’eau bouillante. Des bulles d’air apparaissent à leurs bords, se gonflent, s’évanouissent, pendant que s’écoulent les minutes.
Retirés du bain fumant, posés à refroidir sur un linge, les bocaux lancent une petite note claire quand leurs couvercles s’incurvent. Le lendemain, après avoir constaté qu’ils sont bien scellés, je les range au garde-manger. Douze trésors, sagement alignés dans l’ombre.
Dans ces confitures il y a plus que des fruits et du sucre. J’y trouve des réminiscences enfantines, le plaisir de la précision technique, et surtout un désir de profusion, d’autarcie heureuse où le temps serait ralenti et saturé de sensations. Je me nourris de cette part rêvée.
Texte tiré et adapté de mon œuvre numérique Signes de vie.




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