Les Bontés de la Vallée, un commun en devenir?
- Christelle Fournier

- 6 août
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 août
Le dimanche 27 juillet s’est tenu à la ferme notre deuxième atelier « faire un Nous ». Le thème en était les communs. Pour accompagner la réflexion, nous avons eu le plaisir d’accueillir Marie-Anne Perreault, membre tout comme moi du CRITIC (Collectif de réflexions et d’interventions sur les transformations et institutions des communs) qui regroupe 19 membres, avec une majorité de chercheur·e·s et d’étudiant·e·s chercheur·e·s.
Si j’ai eu le goût de présenter ce que sont les communs, c’est parce que je pense qu’en tant que communauté émergente autour des Bontés de la Vallée, nous en sommes là. Aujourd’hui et dans les prochains mois, nous devons faire un choix conscient. S’y intéresser et aller pas à pas vers ce chemin, si nous le souhaitons, et définir notre carré de sable ensemble. Ou bien nous dire : non, nous ne souhaitons pas être un commun alimentaire.
Au cours de l’atelier-conférence, Marie-Anne et moi avons utilisé une présentation dont je retiens ici quelques éléments. Nous avons d’abord débroussaillé cette notion super intéressante, mais pas si évidente… c’est quoi un commun?
C’est quoi un commun?
Si on ouvre Wikipédia (une organisation qui est elle-même un commun!), on apprend que les communs « sont des ressources partagées, gérées et maintenues collectivement par une communauté », et où « la propriété n’est pas conçue comme une appropriation ou une privatisation, mais comme un usage » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Communs).
Dans le cadre de l’atelier, nous avons proposé une définition appuyée sur trois dimensions essentielles. Un commun, c’est avant tout une ressource, une communauté et des règles de gestion collective :

On peut aussi évoquer une définition proposée par le CRITIC, plus complexe mais dont le vocabulaire est évocateur : « Les communs sont des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées et des formes de communalisation. Ils répondent à différents besoins et aspirations à travers des valeurs de partage, de soin, de participation, d’inclusion, de soutenabilité et de convivialité. Promouvant le droit d’usage et le devoir de responsabilité, les communs préfigurent une alternative à la propriété privée et constituent un processus d’apprentissage collectif. »
Plusieurs organisations que vous connaissez peut-être sont des exemple de communs : Wikipédia, que j’ai déjà mentionnée, le moteur de recherche Firefox, et plus près de nous, le Bâtiment 7 ou encore les Amis du champ des possibles.
Des communs, il y en a beaucoup au Québec!
Si on regarde spécifiquement le cas québécois, on constate qu’il y a beaucoup de communs ici! Plus de 300 existent, dont au moins la moitié en milieu rural. Cela témoigne d’une belle vitalité de la vie communautaire et montre que les gens ont envie de faire les choses autrement.

En outre, parmi les 20 secteurs d’activités où des communs s’organisent, le secteur de l’agriculture et de l’alimentation est le plus représenté!

Ces chiffres sont réjouissants. Ils montrent que si nous décidons comme Bontéistes de prendre ce chemin, de choisir sa forme et sa complexité ensemble, nous ne serons pas seul·e·s, loin de là!
Et les Bontés de la Vallée?
Dans la suite de l’atelier, nous nous sommes demandé si, dans l’état actuel des choses, les Bontés de la Vallée sont un commun. Réponse : nous n’en sommes pas un, mais nous disposons déjà de deux des trois dimensions requises.
Nous avons la ressource tangible, c’est-à-dire la ferme et la terre des Bontés de la Vallée. Oui, François en est le propriétaire et en assume la responsabilité avec Mélina. Mais en tant que membres, nous souhaitons la préserver comme lieu d’agriculture régénératrice afin de produire de la nourriture aujourd’hui et pour les générations futures – soyons folles et fous, jusque dans 1000 ans! C’est ce bien que nous avons en commun, cette responsabilité partagée et assumée pour une terre et pour un projet.
Nous avons également une communauté en construction. Elle demeure en création, mais elle est bel et bien présente, se composant des travailleurs et travailleuses de la ferme, des membres (avec certains sous-groupes plus actifs) et de partenaires périphériques (autres fermes et organisations). Elle regroupe des personnes et des groupes dont l’engagement prend des formes variées, allant de la simple consommation de légumes au travail bénévole et/ou à la participation en mode « commun ».
À ce stade, il manque l’intention et la posture de la communauté, qui prendrait position et poserait des gestes pour devenir un commun. De cette intention découleront des règles codécidées, soit la troisième dimension. En effet, chaque commun doit choisir la gouvernance qui lui ressemble, dans un processus où les commoneurs et commoneuses prennent part à la prise de décision.
Comment imaginer la suite?
La présentation que Marie-Anne et moi avons faite s’est accompagnée de discussions passionnantes. Visiblement, les Bontéistes qui avaient fait le déplacement étaient ravi·e·s de se plonger dans une réflexion sur la nature de leur implication et sur l’avenir du projet.

Plusieurs ont témoigné de leur expérience de l’atelier et plus généralement, du sens de leur présence aux Bontés de la Vallée. Maryse voit déjà des éléments qui vont déjà dans le sens d’un engagement accru. Selon elle, « l’accroissement de la présence de bénévoles aux points de chute démontre une mobilisation. Cela montre que les membres se sentent davantage interpellés et sont conscients que de petits gestes font la différence ».
La discussion a aussi laissé entrevoir la nature des discussions qui devraient avoir lieu autour de la gouvernance et du fonctionnement concret. Femke a mentionné qu’elle voudrait en apprendre davantage au sujet d’autres outils qu’on pourrait explorer. Elle souligne aussi que si « certaines activités semblent plus aptes à être faites par et pour les membres dans l’esprit d’un commun – par exemple les points de chute – la gestion de la ferme demande un niveau d’engagement et d’expertise qui est beaucoup plus difficile à "communiser" ». Un vrai enjeu…
Pour certaines, l’atelier a été l’occasion d’une première visite à Havelock. Audrey témoigne :
« Cette journée a été pour moi l’occasion de découvrir la ferme, où je n’étais encore jamais allée, de faire la connaissance de belles personnes à l’implication contagieuse, et d’apprendre et d’échanger sur le concept passionnant de commun autour duquel l’atelier s’articulait. J’en suis repartie avec plein d’idées à méditer et une nouvelle vision des Bontés de la Vallée. Quelle que soit la forme qu’adopte le projet, je pense que le "Nous" est déjà là! »
Diane aussi en était à sa première visite. « Quelle belle journée j’ai passé à la ferme que je découvrais pour la première fois. J’ai énormément apprécié ce moment de partage, d’écoute, de découverte et de réflexion autour de cette notion de commun. Merci à Marie-Anne et Christelle de nous avoir fait cette présentation, très claire et inspirante. Merci à Mélina et François de nous accueillir avec autant de générosité et d’ouverture. Cela me donne plein d’idées et l’envie de partager ce commun que nous sommes en train de semer dans nos têtes et dans nos vies. »
En fin de compte, pour la plupart des participant·e·s (et je m’inclus dans le groupe!), la journée a servi de catalyseur à la réflexion. France l’exprime bien : « Je m’intéresse aux communs depuis un certain temps! Mais après cette journée, je comprends de mieux en mieux, au-delà de la théorie, ce que sont les communs et quelles avenues pourraient être possibles pour notre "Nous", celui des Bontés de la Vallée! Cela devient de plus en plus concret et mobilisant! Bien hâte au 6 septembre pour la suite! »
En effet, la réflexion se poursuivra dans quelques semaines puisque lors du 20e anniversaire de la ferme le 6 septembre, il y aura un autre atelier sur le « Nous ». C’est un rendez-vous à ne pas manquer et pour l’inscription, c’est ici!




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